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L’Université vue par Nicolas Sarkozy

Le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, décline sa rupture dans tous les secteurs de la société ; le petit dernier : La recherche, les universités, l’enseignement supérieur pris à son tour dans la nasse du projet. La réforme du ministre-président alterne, une fois de plus, son lot de propositions floues et de mesures inacceptables. Ce salmigondis ultra-libéral repose sur une idée-force : le désengagement de l’Etat dans les domaines de l’enseignement supérieur et de la recherche ; un engagement de l’Etat aux côtés de l’entreprise privée, faussant par là la doxa libérale dont l’UMP ne cesse de se recommander.

Son discours, lors de la convention nationale UMP sur la « société de la connaissance » (sic) le 9 octobre 2006 l’illustre clairement. Les propositions sont les suivantes : sélection à l’entrée à l’université ; autonomie des universités pilotée par les régions, entendre : les comités pédagogiques paritaires composés certes d’élus, mais aussi de patrons des bassins d’emplois régionaux et de membres des corporations professionnelles.

Le programme est succinct, mais il reconnaît en creux les menées des gouvernements Raffarin 1 et 2 ainsi que celui du gouvernement Villepin, à savoir :la réforme du premier diplôme universitaire, le baccalauréat, dans le sens d’un « contrôle continu des connaissances » (re-sic) étalé sur deux ans (histoire de s’habituer à être en période d’essai dès le lycée), laissant à l’appréciation des professeurs et chefs d’établissement la validation du diplôme pour une majeure partie ; la mise en place des comités pédagogiques paritaires en régions qui décideront de la création, mais bien évidemment de la suppression et de la concentration des filières, les filières à débouchés rentables et immédiats pour les bassins d’emplois étant favorisés quant aux filières conduisant à des parcours de chercheurs, de créateurs, bref, celles des sciences humaines et sociales et de la recherche scientifique fondamentale . Ce sera, selon la logique de M. Sarkozy, déshabillé Paul pour habiller Pierre, ou, si l’on préfère, déshabiller l’Institut Curie pour habiller Martin Bouygues.

D’autre part, quand on évoque la sélection à l’entrée à l’université, il est clair que cela introduit deux biais nouveaux : les universités, pilotées dans le projet du président de l’UMP par les régions, sélectionneront leurs étudiants sur des critères de faisabilité de leur parcours au sein des établissements, entendre : de leur capacité à s’insérer dans les filières proposées par l’université et offrant un débouché dans les bassins d’emplois locaux. Qui peut encore croire que la mobilité nationale et internationale des étudiants sera encouragée par ce biais ? Qui peut encore croire que les universités, autonomes, n’auront pas recours à des crues de droits d’inscription pour financer ces filières non financées en totalité par la fermeture des filières, moins coûteuses, d’humanités et de sciences sociales ? Qui peut encore croire enfin que les étudiants pourront s’insérer à terme dans un parcours de chercheurs, de créateurs quand les filières de recherches fondamentales et d’humanités et sciences sociales auront été supprimées au profit du génie mécanique et du textile, qui ne seront pas financées, entendons nous bien, par les promoteurs de tels parcours, les patrons locaux du MEDEF et de la CGPME ? Nous, nous ne le croyons pas, en toute bonne foi, le président de l’UMP n’y croit pas non plus.

Le président de l’UMP suit une conduite dictée par son idéologie ultra-libérale, mais biaisée, amendée, jouant de complicité avec l’entreprise privée. Pour lui, le désengagement de l’Etat dans la recherche et dans l’enseignement doit être total. L’université ne doit pas former des chercheurs, les chercheurs ne doivent pas être fonctionnaires de l’Etat, ils doivent être intégrés à des entreprises privées. Pourquoi ? Parce que la recherche privée est la recherche appliquée, la recherche rentable qui peut capter immédiatement des capitaux ; réinjectés où ? Réinjectés dans les programmes recherche/développement de ces mêmes entreprises, le budget de l’Etat ne voit pas ces capitaux, l’Etat ne doit pas s’en mêler. Cependant, sa logique n’obéit pas au même système jusqu’au bout : l’Etat, qui finance à moins de 2,2% du PIB la recherche publique, alors même que Jacques Chirac s’était engagé sur 3% avant la campagne présidentielle de 2002 avant de faire des coupes drastiques dans ce même budget, eh bien l’Etat finance la recherche appliquée des entreprises par des cadeaux fiscaux offerts sur des remises de cotisations patronales. Nicolas Sarkozy, dans sa logique dangereuse n’est pas cohérent jusqu’au bout ; des remords peut-être… ? Nous ne pensons pas. Bien au contraire, il forge un nouveau concept, celui de libéralisme clientélaire.

En outre, on ne peut qu’être vigilant après les déclarations liges que le président de l’UMP a faites sur la recherche et l’excellence française : la loi de programmation sur la recherche prévoit une stagnation du budget jusqu’en 2010, ne tablant sur aucune croissance et aucune inflation. Cependant, les cadeaux fiscaux aux entreprises continuent. Il y aurait alors deux mondes, bien distincts : le monde de la recherche privée, qui maximise les profits des entreprises en créant de nouveaux produits, aidé en cela par l’Etat ; et le monde de la recherche publique, qui soutient de tous ses efforts les innovations du secteur privé, et qui n’a droit qu’à la stagnation de l’aide de l’Etat a un niveau ridiculement bas.

Partant, le budget des chercheurs est bas, le budget des universités tend à baisser quand on transfère les compétences, sans les crédits associés, aux régions, les droits d’inscriptions à l’université augmentent et le recrutement est affecté désormais à l’entrée même à l’université dans des filières peu épanouissantes et directement rentables pour des pouvoirs économiques locaux, nouveaux recteurs de l’ombre d’universités sans ambition.

Les envolées lyriques sur la recherche, l’excellence française et la « société de la connaissance » peuvent être entendues, mais là où la gauche s’est attachée à créer les conditions d’une société de la connaissance, la droite entend permettre l’émergence d’une société de courte vue du profit immédiat où la recherche privée tiendra moins de dix ans sans les apports de la recherche fondamentale, sans la formation de nouveaux chercheurs issus de l’université voyageant de pôles nationaux en pôles internationaux pour créer une société internationale du savoir partagé. Deux visions de la France. La France d’après de M. Sarkozy sent déjà, mort-née, le moisi.

 

 

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