AntiSarko
Retour sur les propositions économiques de Sarkozy

Obtenir les voix des classes populaires en annonçant un programme tout entier tourné vers la satisfaction des plus aisés n’est pas chose facile. C’est sans doute ce qui explique l’unanimisme vague du discours d’intronisation tenu par Sarkozy, le 14 janvier 2007.

Essayons de voir ce qui se cache derrière l’écran de fumée oratoire du ministre-candidat.

1. Je propose qu’aucun minimum social ne soit accordé sans la contre-partie d’une activité d’intérêt général.

S’il y a des travaux d’intérêt général à faire, il faut qu’il donne lieu à la création d’emplois, non à des corvées pour les plus démunis.

2. Celle qui construit des internats d’excellence pour les élèves d’origine modeste parce qu’ils ne peuvent pas étudier chez eux.

Il y a confusion des genres. Si les logements des familles pauvres les condamnent à la promiscuité, ce ne sont pas des internats qu’il faut construire… Et si l’on veut vraiment combattre les inégalités scolaires, c’est en donnant des moyens éducatifs, en heures, en personnels et en formation de ces personnels qu’on pourra le faire.

3. Je souhaite une loi sur le service minimum dès le mois de juin 2007.

Faire grève c’est montrer la nécessité sociale de ce qu’on fait en cessant de le faire, c’est poser un rapport de force. En limitant l’impact de la grève, on affaiblit les salariés devant les mauvais coups du gouvernement et du patronat.

4. Je souhaite en outre qu’une loi impose le vote à bulletins secrets dans les 8 jours du déclenchement d’une grève dans une entreprise, une université, une administration.

Ici encore, il s’agit d’affaiblir les travailleurs. Lancer un mouvement de protestation n’est pas facile. La dynamique ne prend pas tout de suite. En obligeant les salariés à voter tout de suite, on coupe l’herbe sous le pied des plus conscients d’entre eux. En les obligeant à le faire à bulletins secrets on les divise, on les empêche de se constituer en groupe solidaire où chacun assume devant tous le choix qu’il fait et qui les engage tous.

5. si l’on pense que la politique ne peut rien faire pour résoudre en dix ans la crise du logement en construisant les 700 000 logements qui manquent, il ne faut pas faire de politique.

Qui construira ces logements ? Avec quel argent ? Comme maire de Neuilly, Sarkozy a préféré payer les amendes plutôt que de construire le quota de logements sociaux prévu par la loi…Comme numéro deux des gouvernements successifs, il s’est moqué comme d’une guigne de la situation du logement. Ce genre de promesse n’engage que ceux qui y croient…

6. Il faut permettre aux classes moyennes, à la France qui travaille d’accéder à la propriété. Je propose que l’Etat garantisse l’emprunt de celui qui n’a pas de relations. Je propose que l’on puisse déduire tous les intérêts de son emprunt du revenu imposable.

Près de la moitié des actifs français ne gagnent pas assez pour être assujettis à l’impôt sur le revenu. Soit cette mesure vise effectivement les revenus médians, auquel cas l’avantage en termes de baisse d’impôts risque d’être faible. Et le paiement des traites constituera contrairement à ce que dit Sarkozy un facteur de fragilisation des ménages concernés. Soit elle vise de hauts revenus, auquel cas il s’agit encore une fois d’aider ceux qui ont le moins besoin d’aide.

7. Ma République c’est celle du droit opposable à la scolarisation des enfants handicapés, parce que si l’on pense que d’ici à cinq ans on ne peut pas trouver les moyens de scolariser tous les enfants handicapés, il ne faut pas faire de politique.

Le ministre-candidat met la charrue avant les bœufs. La scolarisation des enfants handicapés est un souci qui l’honore. Encore faudrait-il envisager les dispositifs concrets qui doivent la rendre possible, prendre au sérieux les différents handicaps au lieu d’user de la catégorie « handicapé » comme d’un fourre-tout, prévoir le recrutement, la formation des personnels nécessaires, et donc le financement…bref avoir une politique à proposer au lieu d’un élan de générosité bien creuse !

8. Ma République c’est celle du droit opposable à la garde d’enfants, parce que lorsqu’on pense que la politique ne peut rien faire pour résoudre en cinq ans le problème des femmes qui travaillent et qui n’arrivent pas à faire garder leurs enfants, il ne faut pas faire de politique.

Mêmes remarques que précédemment.

9. Si vous en avez besoin vous recevrez une allocation de formation de 300 euros par mois qui vous sera supprimée si vous n’êtes pas assidu à votre formation, si vous cessez d’étudier sérieusement. Vous aurez le droit d’emprunter à taux zéro avec la garantie de l’Etat pour financer votre projet personnel et vous commencerez à rembourser cet emprunt à partir du moment où vous aurez obtenu votre premier emploi.

Le domaine précis d’application n’est pas donné, ni l’âge, ni les conditions qui définissent l’ayant droit. La somme allouée est largement insuffisante pour vivre. On répondra que l’étudiant pourra travailler. Seulement, il est prouvé que le fait d’avoir à travailler fait augmenter l’échec aux examens. Pour se former, il faut du temps, et surtout de la disponibilité d’esprit. Cette mesure est donc inconsistante.

10. je propose un service civique obligatoire de 6 mois que chacun modulera en fonction de ses propres contraintes d’études, de projet professionnel, de vie familiale.

Que peut-on vraiment attendre d’une telle mesure ?

11. je veux porter le crédit d’impôt recherche à 100%

Encore une baisse d’impôt ! Et dans le même temps on dira qu’il n’y a plus d’argent pour financer la recherche publique…Peut-on sérieusement se fier au marché pour orienter la recherche dans le sens des besoins du plus grand nombre ? et en particulier des besoins non solvables ?

12. Je veux que les bas salaires soient garantis en cas de perte d’emploi, en contrepartie de l’obligation de ne pas refuser plus de deux offres d’emplois successives.

Visant encore une fois une fraction fragile du salariat, une telle mesure transforme le sens des allocations chômages. Il ne s’agit plus de garantir les personnes contre les aléas du marché du travail mais de leur imposer une nouvelle forme de contrôle sociale. Une fois encore la suspicion de notre homme de cœur est à sens unique. Implicitement, il met en cause la fainéantise des salariés les plus pauvres, sans se poser la question des conditions de travail qui pourront leur être imposées.

13. Je veux l’exonération de charges sociales et de l’impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires

Côté employés, cette mesure serait surtout favorable pour la minorité de salariés assez bien payés pour payer de gros impôts. En revanche, côté employeurs c’est tout bénéfice. Cette mesure va favoriser l’allongement du temps de travail contre sa meilleure répartition. En outre, ce genre d’exonérations est à l’origine du déficit de la sécurité sociale.

14. Je veux un bouclier fiscal à 50% y compris la CSG et la CRDS.

Autant dire qu’on favorise le surenrichissement d’une infime minorité déjà très aisée. Laisser entendre que cet argent sera créateur d’emploi est une contre-vérité. Dans un contexte où le la spéculation financière rapporte plus que l’investissement productif, ce sont la consommation populaire et l’investissement public qui peuvent relancer la croissance. Et non l’initiative privée.

15. Je veux taxer les importations qui ne respectent pas les normes internationales plutôt que le travail. Le ministre candidat peut parler. Qu’a-t-il fait quand il était ministre de l’économie ?

16. Je préfère taxer la consommation plutôt que l’emploi.

En clair, il entend encore augmenter la TVA et baisser les charges sociales. Socialement c’est injuste puisque la TVA est identique pour tous, riches ou pauvres. Economiquement, c’est contre-productif puisque le gain pour les entreprises sera en partie compensé par le manque à gagner. En effet les plus modestes devront consommer moins. Moins de consommation, c’est moins de demande, donc moins de débouchés pour les entreprises.

17. Je veux un Etat où les fonctionnaires seront moins nombreux mais mieux payés, où ils pourront gagner davantage quand ils travailleront plus, où les gains de productivité seront équitablement partagés, où le mérite individuel sera récompensé.

Peu avant cette remarque, Sarkozy reconnaissait lui-même le manque flagrant de personnel dans les hôpitaux…on pourrait ajouter l’éducation, la justice, l’inspection du travail, et la poste. Et contre toute logique il propose de diminuer le nombre de postes dans la fonction publique. Qu’en déduire si ce n’est qu’il se fout éperdument de la qualité des services publics ? Sa proposition repose par ailleurs sur un déterminisme psychologique très grossier : la perspective de gagner plus engendrerait à elle seule un désir efficace de travailler mieux. Et surtout elle est inconsistante : comment entend-il au juste évaluer « la productivité » dans le cadre d’un service public ? Faut-il donner une prime à un soignant hospitalier qui expédie le plus grand nombre possible de patients par jour, l’agent de police qui donne le plus grand nombre de contraventions, l’enseignant qui donne les plus de bonnes, ou pourquoi pas de mauvaises, notes ?

 

 

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